#Les Huguenots d’Afrique du Sud

Les Huguenots d’Afrique du Sud (I)

 

J’ai changé complètement mon fusil d’épaule pour le AZ Challenge 2018 suite à un symptôme ressemblant  à celui de ‘’ La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ‘’. En d’autres termes, j’ai visé beaucoup trop haut et je viens de changer mon projet pour le mois de Novembre.

Mais comme j’ai quand même fait pas mal de recherches, j’ai décidé de transcrire tout doucement les informations que j’ai recueilli sur ces fameux ancêtres français et protestants qui sont venus s’installer en Afrique du Sud il y a plus de 300 ans. Ils furent fort peu nombreux  (environ 200) mais sont à l’origine  de nombreuses familles de ‘’ pro géniteurs ’’ en Afrikaans Staamvaders pour la ligne patriarcale et Staamooders pour la ligne matriarcale.

Je ne suis ni généalogiste professionnelle, ni historienne mais simplement curieuse, touche à tout et passionnée d’histoire. Donc je m’excuse d’avance pour toutes les erreurs possibles qui ont pu se loger dans mes histoires, qu’elles viennent d’une de mes sources ou de mon interprétation.

 

La Révocation de l’Edit de Nantes par l’Edit de Fontainebleau le 18 Octobre 1685, signé par Louis XIV. A cette époque des milliers de Protestants fuyaient déjà la France pour aller chercher asile  un peu partout en Europe, de la Suisse à l’Allemagne, jusqu’en ’Angleterre et en Irlande et beaucoup aux Pays Bas.

L’Edit de Fontainebleau comporte 12 articles

‘’ 1 : la révocation  de l’édit de Nantes (1598) signé par Henri IV et de l’édit de Nîmes (1629) signé par Louis XIII, en conséquence : la démolition de tous les temples encore debout,

2 et 3 : l’interdiction de tout exercice de la religion prétendue réformée  (RPR) y compris chez les seigneurs,

4 : le bannissement dans les 15 jours, sous peine de galères, des pasteurs qui ne voudraient pas se convertir

5 et 6 : des incitations à la conversion des pasteurs : pension à vie et facilité de reconversion vers les métiers juridiques

7 : l’interdiction des écoles protestantes

8 : l’obligation aux réformés de faire baptiser et de faire instruire leurs enfants dans la religion catholique

9 : la confiscation des biens des réformés déjà partis à l’étranger sauf s’ils reviennent dans un délai de 4 mois

10 : l’interdiction aux réformés d’émigrer à l’étranger sous peine de galères pour les hommes et de prison pour les femmes

11 : la punition des relaps, c’est-à-dire des ” nouveaux convertis ” qui reviendraient au protestantisme

12 : l’autorisation pour ceux qui ne se seraient pas encore convertis, de résider en France, à condition d’observer les dispositions précédentes.

Le dernier article laissait apparemment aux réformés la liberté de conscience (à défaut de liberté de culte). En fait, il n’en est rien, nombre de protestants étaient emprisonnés simplement pour avoir refusé d’abjurer. De plus des dragonnades ont encore eu lieu après l’édit de Fontainebleau, au nord de la Loire, pour convertir de force ceux qui ne l’étaient pas encore.

 

L’interdiction d’émigrer est un cas unique dans le droit européen du XVIIe siècle. L’édit de Fontainebleau, en effet, contraint les dissidents (plusieurs centaines de milliers) à se convertir à la religion du roi sans même leur laisser la liberté minimale de quitter le territoire.’’ ‘’

https://www.museeprotestant.org/notice/ledit-de-fontainebleau-ou-la-revocation-1685

C’est à ce moment-là que aux Pays-Bas la Compagnie des Indes Orientales (VOC) proposa d’envoyer certains des réfugiés dans sa colonie du Cap. En effet, le Gouvernement du Cap avaient entrepris de fournir les bateaux en transit avec des grains, des légumes et de la viande et donc commencé des cultures diverses, mais ces opérations n’étaient pas rentables car les producteurs n’étaient pas fermiers.

 

Les dépenses du Gouvernement du Cap devenaient lourdes, et bien qu’il n’ait pas été dans les coutumes de la VOC de conduire une politique de colonisation dans ses territoires, le consistoire des ‘’Dix-Sept’’ (Lords Seventeen) décidèrent de faire une exception après leur réunion du 3 Octobre 1685. Les volontaires devaient se soumettre aux conditions suivantes :

Ils devaient prêter le serment d’allégeance prescrit par la VOC, ensuite le voyage serait gratuit pour l’émigrant et sa famille sur les bateaux de la Compagnie.

Seulement les effets personnels et un minimum de bagages étaient autorisés. Par contre les voyageurs étaient libres d’emmener tout l’argent dont ils disposaient.

Les émigrants devaient s’installer au Cap et s’engager dans les professions suivantes : agriculture, viticulture, travail industriel (technique), travail scientifique (médical, apothicaire etc.), main d’œuvre, artisanat (chapelier par exemple).

Les fermiers recevraient autant de terre qu’ils étaient en mesure de cultiver, et tous les outils, graines, semences et bétail nécessaires pour leur labeur.

Les colons avaient l’obligation de rester au Cap pour un minium de 5ans, mais pouvaient demander de rentrer plus tôt (à condition de payer leur voyage) s’ils avaient une raison valide (maladie, ou impossibilité de faire fructifier leurs terres par exemple).

Après les 5ans requis, les colons avaient la possibilité de  retourner en Hollande à condition de payer leur voyage aux tarifs courants. Ils ne pouvaient cependant rapatrier que ce qu’ils portaient sur eux.

Le Gouverneur du Cap en 1688 – Simon van der Stel

Le Serment d’allégeance

‘’ Que doivent prester les Personnes libres et estant hors le service de la Compagnie, qui vont au Cap de Bonne Espérance avant que de partir de ce païs.
Je promets et jure d’estre soumis et fidelle à leur Hautes Puissances les Estats Généraux des Provinces Unies, nos Souverains Maistres et Seigneur, à son Altesse, Monseigneur le Prince d’Orange comme Gouverneur Capitaine et Amiral Général et aux Directeurs de la Compagnie Générales des Indes Orientales de ce païis. Pareillement au Gouverneur Général des Indes, ainsi qu’à tous les Gouverneurs et Commandants, et autres qui durant le voyage par mer et ensuite par terre auront commandement sur nous. Et que j’observeray et exerceray, fidellement, et de point en point, toutes les loix et ordonnances, faites ou à faire, tant par Messieurs les Directeurs, par le Gouverneur Général, et par les Conseillers, que par le Gouverneur ou Commandant du lieu de ma résidence et de me gouverner et comporter en toutes choses comme un bon et fidelle sujet. Ainsi Dieu m’aide.

Fait et arresté dans l’Assemblée des Dix-Sept le 20 Octobre 1687. ‘’

Le 16 Novembre 1687. Le Consistoire écrit au Commandant van der Stel, pour l’informer de leur décision d’envoyer les fugitifs au Cap, accompagné d’un prêtre pour les assister dans leur religion.

( A suivre ……. )

 

 

Sources :

‘’ The French Refugees at the Cape ‘’ by Colin Graham Botha (of the Cape Archives)
second edition 1921.

‘’French speakers at the Cape in the first hundred years of Dutch East India Company rule : the European background ‘’ par Boucher, M. (Maurice), 1922-1987; Hiddingh-Currie Fund

‘’ Ces Francais qui ont fait l’Afrique du Sud «  par Bernard Lugan Edition Bartillat ( en partie sur Gallica) Collection Gestes 1996

‘’The Huguenots of South Africa 1688 – 1988’’ by Pieter Coertzen publié par The Huguenot Society of South Africa. 1994

Wikipédia
Musée virtuel du protestantisme